NEODANDY - MR DEFUSTEL - MR AFROPOLITAN - MODE VEAU D'OR OU OLYMPE (2)

Le plus important est de rester authentique, tant dans la forme que le fond.

Mots pas Mr Alain Bayala, fondateur Mister Dapper

Photos de Mr Defustel Ndjoko, neodandy, influenceur sartorial, designer, public figure, GQ Insider

À la Casina Valadier, l’une des plus belles villas de la capitale italienne, sur les  jardins hauts du PINCIO se tient un groupe de quatre hommes en smoking. Ils sont occupés à bavarder sur le gravier devant un buste de Léonard de Vinci :

“Vous êtes en train de tourner un film là ?” demande, interloquée, une jeune femme assez confuse.

“Non mademoiselle, nous allons dîner.” lui répondit l’un d’entre eux, aussi sémillant que élégant.

Cet épisode de la vie élégante relaté par Mr Massimiliano Mocchia di Coggiola, est sans doute le contraste le plus parlant dans le rapport que peut avoir le véritable passionné et le profane de l’art sartorial, ou encore l’individu prosélyte.

Ce rapport est sous-tendu par une longue histoire qui au cours du dernier siècle a connu plusieurs retours de bâtons. En effet, si les raisons sont diverses, les courants de pensées à l’origine de ce big bang ne le sont pas moins. D’un côté, l’attachement à une tradition qui frise le conservatisme, valant parfois à ses défenseurs l’étiquette de réactionnaires ( rien que ça ). De l’autre, une école de la pensée prônant l’ouverture à outrance, voire le sabotage des codes vestimentaires des plus consensuels. Malheureusement, ce mouvement qui est suivi généralement par une masse pléthorique de la gente masculine, pour qui le produit est plus estimé que l’esprit même, a accentué son hégémonie en faisant fi de ce qui le définit à l’origine.

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L’étiquette de cour

Seul un sot ne jugerait pas sur l’apparence”  disait Oscar Wilde.

Par ailleurs , il faut remarquer que cette atmosphère n’est pas faite pour dissiper l’amalgame pour qui veut vraiment adopter  l’art du bien s’habiller. Il est également celui des plaisirs consumés avec élégance, et cela de génération en génération.

Si au sein des palais ostentatoires du moyen âge, la mode était surtout un moyen pour le noble d’agrémenter son quotidien par les découvertes des plus récentes délicatesses inventées, elle a peu à peu pris son essor dans les rapports sociaux. En réalité, la mode s’est muée en un marqueur d’appartenance sociale , avant de s’imposer comme un fait culturel tangible. Tout ceci était valable avant que la production de masse, la fast fashion, prenne la place que nous connaissons aujourd’hui. C’est fort d’une tradition, qui sera longtemps le garant d’un chic intemporel, que la classe de l’ancienne aristocratie tentera de conserver son entregent. Elle voulait ainsi maintenir, de manière utopique, la volonté de ne point diluer sa culture, si ce n’est à travers des valeurs paradoxalement bourgeoises.

La mode n’est qu’une tentative pour incarner l’art dans les formes vivantes et les relations sociales”. Sir Oliver Wendell HOLMES

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La contre culture et l’amalgame

Mais hélas, le XIX ème siècle pointe le bout de son nez avec les changements qui lui sont inhérents. Dans tous les domaines, les codes sont bouleversés très souvent de façon irrémédiable. Les cols ne sont plus rigides, le couvre chef devient désuet, sans doute à cause des automobiles de plus en plus rapides et aux toits ouvrants. Ensuite , viennent les années folles, prolixes en luxe effréné et suivies de la tragique période du rationnement de la France occupée, qui recquiert un mode de consommation différent et limité. Les métiers de la Mode sont mis à rude épreuve et on comprend l’importance vitale de préserver ces corps de métier qui restent encore la chasse gardée de la gentry, vite dépassée par ces nouveaux changements. En revanche, on comprend que si le “fashionable “ veut être légitime, il doit apprendre à composer au mieux avec le nouvel état d’esprit qui prévaut. De ce fait, la nécessité d’excellence de la haute couture lui offrira un salut en mixant le traditionnel et l’innovant. Dès la fin de la guerre, le “new look “de Christian Dior porte cette vogue au sommet pour les dames de Paris à New York. Cependant, c’est surtout un monstre sacré de la perfide Albion qui fait renaître ce rêve. Des institutions telles que Asser and Turnbull , Nutter, Chittleborough and Morgan ont constitué la nouvelle garde, en ajoutant l’esprit “vintage” de l’époque à la rigueur militaire de l’art tailleur, une tradition britannique .    

Toutefois, cet heureux mariage fonctionnera jusqu’à la décennie de la révolution Mod’s. Celle-ci, avec son ascendant pop anglo-saxon dans la musique et l’hégémonie hollywoodienne, popularisera des icônes inhabituelles, symboles de changement. L’idée sera que pour vendre des produits de mode quasi inaccessibles, il faudra s’inspirer de la contre culture.

L’élégant traditionnel se déconnecte alors de ce qui est devenu pour ses contemporains, une mode globalisée. Elle le dévoile, le caricature dans ce qu’il a de plus orgueilleux. Elle en édulcore son essence en imitant faussement un style italien tout droit sorti des fantasmes de gangsters new yorkais tels que Al capone, Joe Valachi, John Gotti et d’autres “ritals”, si vous me permettez le terme.

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Le retour du dandy

Les années 2000 et ses appréhensions vont générer un vaste mouvement de remise en question et de retours aux sources. La plupart des élégants confient avoir été marqués par le style de leurs grands-pères. La diffusion spontanée et grand public de cet héritage protéiforme est dû pour une large part à l’avènement des réseaux sociaux. La sous culture du dandysme apparaît comme une évidence à tous ceux qui sont en quête d’authenticité. Ils vont mener ce voyage vers l’esthétique à la fois anticonformiste et l’éthique anachronique. Le neodandy est apparu, et beaucoup sont ceux qui se diront “sauvés’’.

Une bonne éducation sartoriale peut changer une vie.”  Hugo Jacomet

Dans chaque partie du monde le phénomène se répand comme une traînée de poudre, comme le constate les deux versions du désormais célèbre ‘’ WE ARE DANDY’’. Souvent,  cette ascension du neodandy se manifeste le plus là où on l’attend le moins. Il devient parfois la plus grande victime de son propre succès. Le Japon en reste l’exemple le plus prégnant. Malgré sa forte propension à garder les reliques de sa civilisation ancienne, l’île nipponne par son gouvernement Meiji de l’époque D’Edo ( 1600-1868)  va faciliter une éducation d’initiés  très pointus. Grâce à un pouvoir d’achat conséquent, ces neodandys vont s’attirer le qualificatif de clientèle la plus exigeante dans le domaine du luxe, et être convoités par les dinosaures du secteur.

En Italie, terre mère de la cortegiana et de la dolce vita, les nouveaux “gagas”avec leurs tenues bariolées engendreront un tourisme sartorial d’ampleur. Ces touristes y vont pour visiter les ateliers de maîtres tailleurs napolitains, romains, milanais et surtout, pour se montrer au plus vieux salon dédié aux vestiaires masculins : le Pitti Uomo.

En Angleterre, ce sont les CHAPS avec leur approche militante, qui se font remarquer par leurs parades  populaires et “élégantes”, rejetant tout élitisme. Ils prônent une révolution sans précédent par le tweed en désirant « redonner un peu de civilité à un monde qui en manque de plus en plus« .  Mais c’est surtout leur  marche de protestation du 23 avril 2012 , au coeur même de Londres, “give chance of three pieces”, pour s’opposer  à l’installation de la marque menswear ABERCROMBRIE AND FITCH sur Savile row, qui restera la plus célèbre. Cette marche restera encore longtemps dans les mémoires comme un acte majeur de résistance.

Enfin , il serait insensé de ne pas prendre en compte tous ces changements qui apparaissent de partout et s’imposent pour bousculer des normes qui se réinventent chaque demi siècle. Il serait encore plus insensé de dénuer de sens ces manières qui autrefois garantissaient non pas un establishment de snobs, mais plutôt une société de bons vivants ayant à cœur la distinction et le partage.

We are all HIGHLY EDUCATED GENTLEMAN !

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La plus belle réussite d’un dandy est l’emploi de son temps, et non son argent. Car il méprise l’or dans lequel croupissent les bourgeois. Son chef-d’oeuvre est sa liberté, l’acquisition de sa liberté.

 

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