MR STEVE LEO MEKOUDJA - THUMBNAIL

Rencontre avec le lauréat du prix Stéphane Hessel, rubrique essais.

Photo by The Feuss  | Styling by Mr Steve Leo Mekoudja

Dix ans, c’est le temps qu’il a fallu en moyenne pour que les 500 plus grandes symphonies soient connues au niveau mondial. Ces 500 symphonies ont été composées par 76 artistes au total, à l’exception de 3 d’entre elles, il leur a fallu 10 ans après que leur auteur se soit « professionnalisé » pour être reconnues comme chef d’oeuvre. Au delà du talent et du don, une bonne dose de travail est nécessaire. Les 10.000 heures de travail de Seth Godwin ne sauraient suffire pour être un expert. En effet, le secret de la réussite résiderait dans le travail mesuré, avec des objectfifs précis. Ce ne sont pas 10.000h de travail qui feront la différence dans l’absolu, mais plutôt, de se dire, est-ce que j’arriverai à écrire 100 livres avant mes 30 ans comme ce jeune Kenyan, Ngure Matu Ndiritu, âgé de huit (8) ans ? La question finale est donc, comment être si créatif ?

Nous avons rencontré Mr Steve Léo Mekoudja, pour qu’il partage avec nous le secret de son inspiration mais surtout de sa créativité qui lui a permis de remporter le prix Stéphane Hessel 2015 dans la catégorie « Nouvelles. »

STEVE LEO MEKOUDJA - MR AFROPOLITAN

21 ans, presque toutes ses dents, et un amour incontestable pour la littérature africaine… Lorsqu’on y regarde de plus près, Mr Mekoudja est avant tout un amoureux de la vie et des Afriques. L’aisance avec laquelle il arrive à se glisser dans la peau des personnages qu’il décrit est époustouflante. Son analyse sur les comportements sociétaux, les similitudes, les différences, les émotions, en laisserait plus d’un bluffé. Cette intelligence émotionnelle est rare, surtout pour une personne de son âge. La citation de Pierre Corneille dans le Cid, au travers de son personnage Rodrigue, ne saurait être plus opportune: « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. » Et de la valeur, Mr Mekoudja en a à revendre !

Sa valeur s’exprime à travers sa créativité, qu’il a décidé d’injecter dans son écriture, ce qui est vitale pour lui. « Ecrire est une thérapie pour moi. J’en ai besoin comme j’ai besoin de boire, manger, dormir […] C’est l’espace de la plus grande expression de ma liberté, de mon existence. »

Il suffit de faire un tour sur son blog pour identifier son sujet de prédilection: La place de la femme africaine. Sa nouvelle, Tala Ngai, lauréat 2015 du  prix Stéphane Hessel, dénonce non seulement les crimes de guerre par le viol mais aussi de façon plus générale, la situation alarmante dans laquelle se trouve les sociétés africaines actuelles. Ces dernières ayant au fur et à mesure des années passées, réduites à peau de chagrin les valeurs matriarcales qui les distinguaient, obligeant malheureusement la femme à faire des pieds et des mains pour être considérée par les hommes. Le “sois belle et tais toi » étant devenu la norme, il est plus que temps que de véritables HEG émergent et fassent front devant cette société qui se désagrège.

Son style d’écriture vous emporte avec une précision déconcertante, il vous amène rapidement à vous attacher au personnage principal,. Dans Tala Ngai, Monique, cette jeune femme qui passe de « kitoko » à « ékomba« , puis d’ékomba à « nkelè« *, vous arracherait une larme. En général, il faut avoir eu le temps de vivre plusieurs expériences dans sa vie pour arriver à inventer des histoires. De surcroît,  la qualité narrative du texte nous laisse croire que c’est une histoire très proche de Mr Mekoudja, quelque chose de vécu, ou  tout du moins un récit  qui lui aurait été raconté. Et bien non, il n’a jamais mis les pieds en République Démocratique du Congo (RDC), mais son histoire, vous la vivez comme si vous y étiez. Vous arrivez à ressentir  la sensibilité de Monique, sa détresse, son désarroi et sa résignation mais surtout sa profonde souffrance. A la fin de cette lecture, vous vous demanderez certainement comment pourriez vous changer cette situation voire l’améliorer, la dénoncer à votre niveau.

STEVE LEO MEKOUDJA - MR AFROPOLITAN 2

Lorsque le sujet de la créativité est évoquée, la principale question est toujours de savoir « comment ? », comment être créatif ? Mr Daniel Durrus dépeint trois niveaux de créativité dans son article: la découverte, l’invention, et la création. Et avec Mr Mekoudja, il va sans dire que nous sommes bien au niveau le plus haut de  la création. Combien de personnes auraient pu écrire « Tala Ngai » ?  Mr Durrus dans son article conclut en disant que tout le monde a de multiples talents  mais que ce qui nous sépare de la « création » c’est le fait de ne pas trouver notre « don » intérieur. Cette force innée  qui nous rend unique et exceptionnel.

Sachant celà, nous avons voulu savoir quel était justement le don de Mr Mekoudja qui lui permettait ainsi d’épanouir sa créativité. Nous avions déjà lu  auparavant, les divers articles parus à son sujet, non seulement avant son prix, mais aussi après. Aucuns d’entre eux ne mettaient  l’accent sur la source de sa créativité. Mr Mekoudja étant établi à Berlin, nous avons échangé par téléphone ce qui nous a permis d’avoir des réponses spontanées. A la question de savoir à quoi ressemblait sa semaine et/ou journée type, il nous a répondu : « Le lundi, après mes cours à l’université et le boulot, je consacre ma soirée à mes séances de lecture et d’écriture. Le mercredi ou le vendredi soir, j’assiste à un évènement culturel : defilé, vernissage, concert. Berlin regorge d’artistes talentueux. Le week end en marchant dans la rue , je peux être inspiré par le sourire d’un inconnu, sa manière de s’exprimer, ou encore par une couleur, un dessin, des choses aussi incongrues. »  Cette inspiration, même si ‘il l’insuffle beaucoup plus dans l’écriture de ses nouvelles, il ne néglige pas pour autant ses scénarios déjà en route. Si tout se passe bien vous n’aurez pas fini d’entendre parler de ce prodige.

Ok, nous avons les sources d’inspiration, mais quel est  donc ce « don » inné qui caractérise Mr Mekoudja et lui permet d’être aussi unique avec sa plume ? En lisant ses différents textes, ses interviews, la réponse saute aux yeux; l’EMPATHIE : Faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent.

Tout s’explique. Pour pouvoir nous embarquer aussi profondément dans l’émotion de ses personnages, Mr Mekoudja se met véritablment à leur place. Bien entendu, pour cela, il faut une bonne culture générale, une curiosité aiguisée, et une réelle envie d’apprendre des autres.

Apprendre des autres, s’ouvrir à autrui, pour mieux se connaître soit même. Peut être est-ce là le véritable secret pour être exceptionnel ? Ceci nous pose la question alors de notre rapport à l’autre. Avons-nous l’attitude de véritables gentlemen, prêts à secourir la veuve et l’orphelin comme le préconisait les codes de la chevalerie ? Nous pouvons aussi tout simplement nous poser la question de savoir si le bien être d’autrui nous incombe. Avons-nous la volonté de servir au mieux notre communauté, notre société ? Nous soucions nous de notre impact? Sommes nous des HEG ?

MR STEVE-LEO MEKOUDJA - MR AFROPOLITAN 3[:fr]

Rencontre avec le lauréat du prix Stéphane Hessel, rubrique essais.

Photo by The Feuss  | Styling by Mr Steve Leo Mekoudja

Dix ans, c’est le temps qu’il a fallu en moyenne pour que les 500 plus grandes symphonies soient connues au niveau mondial. Ces 500 symphonies ont été composées par 76 artistes au total, à l’exception de 3 d’entre elles, il leur a fallu 10 ans après que leur auteur se soit « professionnalisé » pour être reconnues comme chef d’oeuvre. Au delà du talent et du don, une bonne dose de travail est nécessaire. Les 10.000 heures de travail de Seth Godwin ne sauraient suffire pour être un expert. En effet, le secret de la réussite résiderait dans le travail mesuré, avec des objectfifs précis. Ce ne sont pas 10.000h de travail qui feront la différence dans l’absolu, mais plutôt, de se dire, est-ce que j’arriverai à écrire 100 livres avant mes 30 ans comme ce jeune Kenyan, Ngure Matu Ndiritu, âgé de huit (8) ans ? La question finale est donc, comment être si créatif ?

Nous avons rencontré Mr Steve Léo Mekoudja, pour qu’il partage avec nous le secret de son inspiration mais surtout de sa créativité qui lui a permis de remporter le prix Stéphane Hessel 2015 dans la catégorie « Nouvelles. »

STEVE LEO MEKOUDJA - MR AFROPOLITAN

21 ans, presque toutes ses dents, et un amour incontestable pour la littérature africaine… Lorsqu’on y regarde de plus près, Mr Mekoudja est avant tout un amoureux de la vie et des Afriques. L’aisance avec laquelle il arrive à se glisser dans la peau des personnages qu’il décrit est époustouflante. Son analyse sur les comportements sociétaux, les similitudes, les différences, les émotions, en laisserait plus d’un bluffé. Cette intelligence émotionnelle est rare, surtout pour une personne de son âge. La citation de Pierre Corneille dans le Cid, au travers de son personnage Rodrigue, ne saurait être plus opportune: « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. » Et de la valeur, Mr Mekoudja en a à revendre !

Sa valeur s’exprime à travers sa créativité, qu’il a décidé d’injecter dans son écriture, ce qui est vitale pour lui. « Ecrire est une thérapie pour moi. J’en ai besoin comme j’ai besoin de boire, manger, dormir […] C’est l’espace de la plus grande expression de ma liberté, de mon existence. »

Il suffit de faire un tour sur son blog pour identifier son sujet de prédilection: La place de la femme africaine. Sa nouvelle, Tala Ngai, lauréat 2015 du  prix Stéphane Hessel, dénonce non seulement les crimes de guerre par le viol mais aussi de façon plus générale, la situation alarmante dans laquelle se trouve les sociétés africaines actuelles. Ces dernières ayant au fur et à mesure des années passées, réduites à peau de chagrin les valeurs matriarcales qui les distinguaient, obligeant malheureusement la femme à faire des pieds et des mains pour être considérée par les hommes. Le “sois belle et tais toi » étant devenu la norme, il est plus que temps que de véritables HEG émergent et fassent front devant cette société qui se désagrège.

Son style d’écriture vous emporte avec une précision déconcertante, il vous amène rapidement à vous attacher au personnage principal,. Dans Tala Ngai, Monique, cette jeune femme qui passe de « kitoko » à « ékomba« , puis d’ékomba à « nkelè« *, vous arracherait une larme. En général, il faut avoir eu le temps de vivre plusieurs expériences dans sa vie pour arriver à inventer des histoires. De surcroît,  la qualité narrative du texte nous laisse croire que c’est une histoire très proche de Mr Mekoudja, quelque chose de vécu, ou  tout du moins un récit  qui lui aurait été raconté. Et bien non, il n’a jamais mis les pieds en République Démocratique du Congo (RDC), mais son histoire, vous la vivez comme si vous y étiez. Vous arrivez à ressentir  la sensibilité de Monique, sa détresse, son désarroi et sa résignation mais surtout sa profonde souffrance. A la fin de cette lecture, vous vous demanderez certainement comment pourriez vous changer cette situation voire l’améliorer, la dénoncer à votre niveau.

STEVE LEO MEKOUDJA - MR AFROPOLITAN 2

Lorsque le sujet de la créativité est évoquée, la principale question est toujours de savoir « comment ? », comment être créatif ? Mr Daniel Durrus dépeint trois niveaux de créativité dans son article: la découverte, l’invention, et la création. Et avec Mr Mekoudja, il va sans dire que nous sommes bien au niveau le plus haut de  la création. Combien de personnes auraient pu écrire « Tala Ngai » ?  Mr Durrus dans son article conclut en disant que tout le monde a de multiples talents  mais que ce qui nous sépare de la « création » c’est le fait de ne pas trouver notre « don » intérieur. Cette force innée  qui nous rend unique et exceptionnel.

Sachant celà, nous avons voulu savoir quel était justement le don de Mr Mekoudja qui lui permettait ainsi d’épanouir sa créativité. Nous avions déjà lu  auparavant, les divers articles parus à son sujet, non seulement avant son prix, mais aussi après. Aucuns d’entre eux ne mettaient  l’accent sur la source de sa créativité. Mr Mekoudja étant établi à Berlin, nous avons échangé par téléphone ce qui nous a permis d’avoir des réponses spontanées. A la question de savoir à quoi ressemblait sa semaine et/ou journée type, il nous a répondu : « Le lundi, après mes cours à l’université et le boulot, je consacre ma soirée à mes séances de lecture et d’écriture. Le mercredi ou le vendredi soir, j’assiste à un évènement culturel : defilé, vernissage, concert. Berlin regorge d’artistes talentueux. Le week end en marchant dans la rue , je peux être inspiré par le sourire d’un inconnu, sa manière de s’exprimer, ou encore par une couleur, un dessin, des choses aussi incongrues. »  Cette inspiration, même si ‘il l’insuffle beaucoup plus dans l’écriture de ses nouvelles, il ne néglige pas pour autant ses scénarios déjà en route. Si tout se passe bien vous n’aurez pas fini d’entendre parler de ce prodige.

Ok, nous avons les sources d’inspiration, mais quel est  donc ce « don » inné qui caractérise Mr Mekoudja et lui permet d’être aussi unique avec sa plume ? En lisant ses différents textes, ses interviews, la réponse saute aux yeux; l’EMPATHIE : Faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent.

Tout s’explique. Pour pouvoir nous embarquer aussi profondément dans l’émotion de ses personnages, Mr Mekoudja se met véritablment à leur place. Bien entendu, pour cela, il faut une bonne culture générale, une curiosité aiguisée, et une réelle envie d’apprendre des autres.

Apprendre des autres, s’ouvrir à autrui, pour mieux se connaître soit même. Peut être est-ce là le véritable secret pour être exceptionnel ? Ceci nous pose la question alors de notre rapport à l’autre. Avons-nous l’attitude de véritables gentlemen, prêts à secourir la veuve et l’orphelin comme le préconisait les codes de la chevalerie ? Nous pouvons aussi tout simplement nous poser la question de savoir si le bien être d’autrui nous incombe. Avons-nous la volonté de servir au mieux notre communauté, notre société ? Nous soucions nous de notre impact? Sommes nous des HEG ?

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